|
Billet d'un jour
Ces
billets sont écrits en réaction à
des évènements, des propos significatifs (du fait
de leurs auteurs ou de leurs contenus), des décisions prises
ou éludées. Ils peuvent aussi être l'
expression d' une inquiétude, d' une irritation ou d' une
colère. Je peux même m' autoriser de temps
à autre un épanchement d'humanisme ou un appel
à telle ou telle des valeurs qui font la qualité
humaine...

|
S Libéralisme des puissants
OCTOBRE 2009 :
Nobel de la paix : un choix incompris, Le culot d’Hulot,
C’est la France qu’ils ne cessent d’agonir...
d’injures, de mépris et de morgue
SEPTEMBRE 2009 :
Sur la crise en Sud-Vendée, Délires techoscientiques, Drame planétaire farce parisienne
AOÜT 2009 :
Longue vie aux algues vertes ?, Tueurs anonymes
JUILLET 2009 :
Électricité intelligenteJUIN 2009 :
Le PS à vau-l’eau, Obama au Caire
MAI 2009 :
Soupçon de terrorisme, Politiques de santé ?
AVRIL 2009 :
Durban II à Genève, Fallacieuses autosatisfactions
MARS 2009 :
Quelles
réponses à quelle crise ?, Pourquoi
faut-il qu’il m’en souvienne ?
FEVRIER 2009 :
Pauvres de nous..., Quand souffle l'esprit
JANVIER 2009 :
"La Torah nous interdit...,
Gaza : la politique de l'hyperchoc, Obama et
les oligarques
Ouvrir Billet
2008
DECEMBRE 2008 :
Frappes de fin d'année,
Quand Baverez tente de récupérer Keynes,
Climat : une étape décisive
NOVEMBRE 2008 :
Inquiétant
CO2, Obama élu, Une veille chargée
d'incertitudes
OCTOBRE 2008:
25 000 000 000 000
$, Face à la crise financière, Fort
rebond des bourses, Quand une crise en masque une
autre, Le Plan Paulson adopté par le Congrès
SEPTEMBRE 2008 :
Bush contré
par le Congrès, La vérité si
je mens, 0 + 0 = 0., L'humanité vit au dessus
de ses moyens, Mille milliards de sabords, Surmortalité
des abeilles, Bush sauve Freddie et Fannie, Eau
: les limites, La bombe inégalitaire
AOÛT 2008 :
Technoscience
et santé, Dans la gueule..., Inentendus
tocsins, Des zones océanique sans vie, La
6ème extinction des espèces, Un inquiétant
sac d'embrouilles, Obama et l'American way of life.
JUILLET 2008 :
Blocage à
l'OMC, Au nom de Dieu, Le Trésor US au secours
de Freddie et de Fannie, Dérèglements
et dissensions, La Russie hausse le ton
JUIN 2008 :
Plantes et bêtes
s'adaptent, Vingt ans déjà..., Une
menace planétaire ?, Monsanto Bayer
BASF and Co, Méduses proliférantes,
Les plus pauvres dépérir tu laisseras...,
La démocratie dévoyée, Résolutions
et vœux pieux
MAI 2008 :
La faute au système
?, Destruction massive d' espèces
AVRIL 2008 :
America über
alles ?, Lula contre Ziegler, De nouvelles vues
sur l'agriculture ?, Crime contre l'humanité,
La FAO s'alarme, Des courtiers performants, Prix
alimentaires, Du micro-crédit au bien-vivre
universel
MARS 2008 :
Obama et la question
sociale, Rice Obama et la question raciale Le plein
ou la vie ?, Une irresponsabilité illimitée
?, Obama s'affirme, La crise selon Bush, Un glas
funeste, Le choc d'un mot McCain/Obama
sur l'Irak, Obstination présidentielle ?,
Instabilité présidentielle, Géosciences
salvatrices, Des loups dans la bergerie ?, Crise
alimentaire, Gaz à effet de serre US
JANVIER 2008 :
Un président
calamiteux, Alors que dollars et euros s'évaporent
par milliards…, A tâtons, Visites présidentielles
au Moyen-Orient, Production d'eau, Soupir, Menaces
et sagesse
DÉCEMBRE 2007:
Quand Sarkozy prêche,
L'Amérique de Bush contre le monde
Janvier 2010
Titre
Text
Com
Date
Décembre 2009
A quelques élus du Pays de Fontenay
Le désastre économique dans le pays de Fontenay nécessite d’ouvrir de
nouvelles voies, de lancer des initiatives, de renforcer ou susciter
des dynamiques.
Les désastres planétaires annoncés - il n’y a pas
que l’effet de serre et le changement climatique - vont, qu’on le
veuille ou non, nous amener à changer nos manières de produire, de
consommer, bref de vivre. La question n’est pas de savoir si nous le
ferons ou non, mais si nous le ferons le plus tard possible plus ou
moins par contrainte ou si nous le ferons dès maintenant en contribuant
par là-même à redynamiser notre région sinistrée.
Les pistes d’action sont nombreuses, notamment :
- économies de chauffage dans les logements, les bâtiments publics, les entreprises...
- mise en œuvre d’énergies renouvelables et
production d’équipements pour les énergies nouvelles
-
promotion de modes de transports (mais aussi de matériels informatiques
et d’équipements) économes en énergie et peu ou non polluants
-
protection des sources d’eau et lutte contre son gaspillage ; promotion
des cultures locales non polluantes et de la consommation de produits
de saison de la région...
Le pays de Fontenay a d’énormes atouts :
de l’eau, de l’air respirable, des savoir-faire (techniques,
industriels, artisanaux, agricoles, touristiques), un environnement
encore largement sauvegardé avec une urbanisation “en grappe” dans une
diversité de paysages... Il peut être le cadre d’initiatives
contribuant à façonner la société que nous souhaitons pour ce XXI°
siècle, par exemple :
- mise en place décentralisée (dispersée) de
moyens de chauffage à partir de déchets (végétaux, animaux ou
alimentaires) et de production d’énergies renouvelables (hydrauliques,
éoliennes, solaires...)
- réflexion commune entre éleveurs,
agriculteurs, producteurs des “jardins ouvriers”, familles ayant des
potagers, consommateurs, commerçants, pour promouvoir la production
aussi peu polluante que possible de produits aussi sains que possible
et leur consommation au fil des saisons
- réfléchir aussi sur un
réseau cyclable (peut-être ouvert aussi à des véhicules électriques à
vitesse limitée) reliant Fontenay aux communes voisines et celles-ci
entre elles ; ce réseau devrait de préférence être distinct des routes
actuelles, peut-être reprendre d’autres chemins de terre et suivre
autant que possible le cours des rivières et des canaux ; il
deviendrait alors un réseau de circulation non polluante et un élément
intéressant pour la politique touristique
- peut-être aussi associer
les écoles, et donc les écoliers et les collégiens, à cette réflexion
sur ce que pourrait être la région dans laquelle ils aimeraient vivre
-
dès maintenant susciter des formations permanentes (car les changements
vont s’intensifier) pour les artisans - notamment dans le bâtiment, les
économies d’énergie et les énergies nouvelles.
Lundi 7 décembre 2009
Novembre 2009
Libéralisme des puissants
Ai pris connaissance du n° 44 de L'Économie politique :
avec un remarquable - très clair et très érudit -
article de Gilles Dostaler sur "les chemins sinueux de la pensée
libérale".
Mais je suis très mal à l'aise avec le titre du
numéro "Le libéralisme en crise", comme avec
l'éditorial de Chavagneux "Après le libéralisme".
Certes "crise" peut convenir si l’on évalue le
dogmatisme ultra-libéral contemporain à l’aune des
pensées des grands auteurs qui ont nourri ce courant.
Mais comment comprendre cet “Après le
libéralisme” ? Des nationalisations, des
réglementations rigoureuses auraient affaibli le
libéralisme. Mais des brassées de milliards de dollars
ont renfloué banques et groupes en difficulté, leur
évitant la sanction que, selon la logique libérale, elles
méritaient.
Et jamais le “libéralisme des puissants” n'a
autant déterminé la marche du monde : bien sûr
à travers le libre échange entre des économies
prises dans un jeu d'interdépendances sans cesse
renouvelées, mais surtout du fait de la terrible capacité
qu'ont les grands groupes mondiaux de manipuler les États, de
laminer les faibles et finalement de faire presque tout ce qu'ils
veulent presque partout dans le monde.
Dimanche 1er novembre 2009
Octobre 2009
Nobel de la paix : un choix incompris
La principale motivation du comité occultée
“Le comité norvégien du prix Nobel a
décidé d'attribuer le prix Nobel de la paix 2009 au
président Barack Obama pour ses efforts extraordinaires en
faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération
internationale entre les peuples” : ainsi s’ouvre la
déclaration du comité Nobel d’hier matin.
La surprise a été quasi générale.
Puis se sont multipliés réserves, désaccords et
critiques : il a fait de bons discours, mais n’a encore rien
accompli ; Guantanamo n’est pas fermée, l’Irak
vit d’affreuses violences et on ne voit pas venir la fin de la
guerre en Afghanistan - sans parler du conflit Israël-Palestine,
de l’Iran, de la Russie et de la Corée du Nord. Pour des
adversaires d’Obama, cette nomination est inacceptable, car elle
contribue à influencer la politique des États-Unis ;
pour beaucoup, elle est prématurée ; pour
d’autres, c’est un encouragement.
0r, dans cette discussion, je ne trouve aucune trace de ce que
dit le comité dans la 2ème phrase de son
communiqué : “Le comité a attaché une
importance particulière à la vision et au travail d'Obama
pour un monde sans armes nucléaires”. Point. Fin
d’alinéa.
À l’évidence, les propos du président
américain sur la nécessité de reprendre les
négociations sur le désarmement et la
prolifération nucléaires et ses premières
décisions sur le renoncement au bouclier antimissiles ont
été retenus par les membres du comité Nobel, mais
ignorés par la plupart de ceux qui ont critiqué ou
discuté sa décision.
Or, le désarmement nucléaire devrait être un
chantier majeur pour cette première moitié du XXIe
siècle. Dans un manuscrit soumis à quelques
éditeurs en 2007, j’écrivais : “Compte
tenu de l’ampleur des tâches à réaliser
(contre la misère, pour l’eau potable ou la
dépollution, etc.), il va aussi falloir ouvrir la perspective du
désarmement : un désarmement progressif et rigoureux
de la planète, à commencer par l'armement
nucléaire...”. Ce point a prêté à
sourire : utopiste, idéaliste, irréaliste, bref,
pour nos directeurs de pensée, incorrect.
La discussion qu’a suscitée la désignation
d’Obama met en lumière l’incapacité de
l’ensemble de l’intelligentsia occidentale à
admettre l’urgente nécessité du désarmement
nucléaire.
Dramatique.
Samedi 10 octobre 2009
Le culot d’Hulot
Sur le temps d’une prise de conscience
La nouvelle fait les gros titres : Nicolas Hulot a radicalisé sa position.
Il
prend la mesure de l’inégalité de notre monde,
dénonce le contraste entre le gaspillage et le dénuement,
jette l’opprobre sur la société de consommation et
du toujours plus - donc sur le capitalisme - et en conclut qu’il
nous faut changer l’ensemble de notre mode de vie.
Il dit ce que disaient déjà nombre de vigies, de
vigilants et de lanceurs d’alerte il y a une vingtaine
d’années. Vingt ans pour franchir ce grand pas, en un sens
c’est bien - tant sont encore nombreux ceux qui
s’arc-boutent sur des positions de réserve, de scepticisme
ou de négation. Sauf que la situation a profondément
changé : depuis les années 1980, des hommes et des femmes
de tous les continents sont entrés par centaines de millions
dans la spirale sans fin de la consommation ; des centaines de
millions aspirent à les suivre et des milliards, tombés
dans le dénuement ou la misère, cherchent par tous les
moyens à vivre ou à survivre.
La Terre est menacée. Le vivant est éreinté
par nos excès. Et si ce n’est pas trop tard pour faire
face, c’est déjà infiniment plus difficile
qu’il y a vingt ans.
En outre, il y a vingt ans, on pouvait espérer une vaste
mobilisation planétaire pour une Terre vivante et des
sociétés plus humaines. Mais aujourd’hui, ceux qui
veulent mener ce combat avec des moyens simples et à faibles
niveaux de risques, avec un peu de frugalité et plus de richesse
humaine, risquent d’être débordés ou
balayés par d’autres stratégies. De puissants
groupes et lobbies - financiers, industriels, technoscientiques -
préparent de méga-projets à hauts degrés de
technologies, de coûts et de risques - pour la “gestion des
climats”, l’eau, l’électricité,
l’alimentation et plus largement la “maîtrise du
vivant” : des projets qui, l’histoire le montre,
seront d’autant plus dangereux qu’ils seront efficaces et
centralisés et d’autant plus rentables qu’ils
répondront aux attentes des pays riches et de couches ou classes
à haut pouvoir d’achat.
Ainsi, ceux qui s’engagent, travaillent ou agissent pour
une Terre vivante et des sociétés plus humaines doivent
désormais se battre sur deux fronts : toujours contre la
dégradation de notre maison la Terre, mais aussi contre les
groupes, les lobbies et leurs grands commis des États, qui
seront d’autant mieux en mesure d’imposer leurs
méga-marchandides que sera devenu alarmant l’état
de la planète.
Combien sont prêts à ce double combat ? Et Nicolas Hulot en aura-t-il le culot ?
Jeudi 8 octobre 2009
C’est la France qu’ils ne cessent d’agonir...
d’injures, de mépris et de morgue
“Casse-toi
pauv’con”, “... pendre sur un croc de boucher le
responsable de la manipulation”, “Quand il y en a un,
ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des
problèmes” : ce sont les Français qu’ils
agonissent de leurs injures. Et c’est la France qu’ils
accablent de leur vulgarité.
Suppression sans concertation de tribunaux, disparition
annoncée du juge d'instruction, mises sous pressions de
magistrats par des ministres ou le chef de l’État :
ce sont des fonctionnaires et des citoyens qu’ils agonissent de
leur mépris. Et c’est la justice qu’ils sapent et
fragilisent.
Réduction des ressources pour les collectivités
territoriales dont ils alourdissent les charges ; menaces sur les
communes, les cantons et les départements, espaces de
démocratie, d’initiative et de cohésion : ce
sont les gens simples et leurs élus qu’ils agonissent de
leur morgue. Et c’est le fragile maillage de la nation
qu’ils détricotent.
Défiscalisation des grandes firmes,
déresponsabilisation des grands patrons, déconstruction
de nos institutions de solidarité sociale : c’est le
principe républicain d’égalité
qu’à petits coups ils mettent en lambeaux.
Télécommunication, poste, eau, santé,
éducation, partout - et surtout dans les quartiers et
territoires en difficulté - le service public a subi ou subit
les assauts de son principal garant, le gouvernement de la
République.
Augmentations des dépenses de
l’Élysée, manne étatique dispensée
aux banques privées, tolérance pour les adeptes de
l’évasion fiscale, creusement des déficits,
gonflement de la dette : fleurons d’une politique de
gribouilles qui frappe, appauvrit, précarise,
désespère les plus vulnérables, avant que
salariés et petits entrepreneurs, épargnants et
pensionnés en fassent les frais.
Un président qui promeut le nucléaire dans
l’ex-tiers monde ; un ministre de l’environnement qui
incite les automobilistes à remplacer leurs carburants par de
l’électricité nucléaire ; les
technologies douces et décentralisées
évincées par de grandes firmes et de puissants
intérêts : ce sont les chances d’une terre
moins dangereuse et plus vivable qu’ils sacrifient inexorablement.
Profits,
prébendes et pouvoirs prédominent sans freins :
l’héritage républicain et social de la France est
en danger.
Jeudi 1er octobre 2009
Septembre 2009
Sur la crise en Sud-Vendée
La région de Fontenay souffre gravement des effets de la crise économique mondiale.
Mais il importe de voir qu’en arrière fond de la
brutale crise financière puis économique qui a
éclaté l’an dernier, une mutation plus profonde est
en cours : une mutation énergétique et
technologique, qui va affecter à la fois nos manières de
produire et nos modes de vie, et au cours de laquelle de nouvelles
puissances vont s’affirmer et se renforcer.
Or, si l’on ne voit que la crise, on se focalise sur la
chute d’activité et il est logique d’attendre la
reprise - ce qui risque souvent d’être insuffisant.
Mais si l’on prend en compte la mutation, on doit faire un diagnostic plus fouillé :
- certaines activités vont subir un déclin ce qui nécessite une reconversion ;
- d’autres vont évoluer ;
- d’autres au contraire sont appelées à une rapide croissance.
Pour tous ceux - décideurs, ménages et jeunes - qui
doivent faire des choix aujourd’hui, il est important de prendre
en compte cette mutation. Car les gagnants seront ceux qui auront fait
les bons choix pour les années 2010-2020.
Face aux incertitudes et aux écueils de la mondialisation,
beaucoup peut être fait au niveau de l’Europe, de la France
et des grandes régions.
Mais des petites régions, des villes, des communes peuvent
aussi être des lieux de relance et de dynamisme ; beaucoup
déjà dans le monde combattent leurs problèmes
présents en mettant en œuvre des projets d’avenir.
La région de Fontenay, le Sud-Vendée ne manquent
pas d’atouts : paysages, ressources naturelles, savoirs
faire agricoles, manufacturiers et technologiques, une remarquable
vitalité...
Sur ces bases, nous avons à concevoir et lancer des
projets - touchant à la fois aux domaines
énergétique, technologique, écologique, culturel
et social - qui amorcent la mise en place des activités et des
modes de vie dans les prochaines décennies.
Pour commencer, on ne peut que gagner à accentuer les
efforts en faveur des économies d’énergie
(notamment dans les bâtiments publics et les logements des
personnes et des familles en difficulté) et la mise en
œuvre de nouvelles sources d’énergie et de chauffage
non polluantes.
Au delà, on peut souhaiter que se dégagent des
stratégies cohérentes - par exemple pour les transports,
la santé, la gestion de l’eau, la promotion des cultures
vivrières pour les consommateurs locaux, les constructions
nouvelles, le remodelage de certains espaces construits...
Lundi 21 septembre 2009
Délires techoscientiques
Le Monde rapporte que la Royal Society
a examiné les principales voies que propose la
géoingénierie pour contrer le réchauffement
climatique. En bref, les méthodes les moins risquées
paraissent ou trop compliquées ou trop longues à mettre
en œuvre et d’une efficacité insuffisante :
c’est le cas de la capture du carbone à la source avec
stockage géologique, de l’enfouissement de biomasse, du
reboisement massif ou de la capture par procédé chimique
du CO2 déjà présent dans l'atmosphère, etc.
Deux “solutions” paraissent peu
réalistes : l’envoi d'immenses miroirs spatiaux entre
la Terre et le Soleil ; et l’augmentation de la
capacité de réfléchir les rayons solaires - qui se
réduit actuellement avec la fonte des glaces polaires - en
étendant les zones de couleurs claires dans les
agglomérations, sur les routes ou dans les déserts...
Mais deux “solutions” fascinent par leur
“simplicité” et leur efficacité
techniques : la diffusion de composés ou de particules
soufrés dans la haute atmosphère et la "fertilisation"
des mers par des particules de fer pour augmenter la production du
phytoplancton - et donc la capture de carbone par photosynthèse.
Quiconque a quelque peu
lu et réfléchi sait combien sont multiples, complexes et
souvent fragiles les interactions qui, depuis des millénaires
gouvernent le vivant et les climats d’une Terre vivante : y
intervenir massivement par des injections ferreuses ou des saupoudrages
soufrés sera pire pour notre planète que peut
l’être pour une fourmilière le passage d’un
soc. Depuis longtemps la littérature d’épouvante a
stigmatisé la figure du savant fou. Voici qu’il nous
revient sous la bannière de la géoingénierie
climatique, pour nous proposer des “solutions” ubuesques
à coûts très élevés - donc
alléchantes pour bien des firmes - et à risques
incalculables : des “solutions” qui risquent de
séduire des hommes de pouvoir qui n’ont pas le courage de
s’attaquer aux racines du mal, en instaurant les règles et
les contraintes permettant de limiter, et quand il le faut de
réduire, nos émissions de gaz à effet de serre.
Vendredi 4 septembre 2009
Drame planétaire, farce parisienne
“Rétroactions du climat en Arctique : les implications mondiales”, le dernier rapport du WWF
est dramatique : ”Depuis quelques décennies,
l’Arctique s’est réchauffé à peu
près deux fois plus que le reste du globe... Aux
conséquences régionales du changement climatique en
Arctique s’ajoutent les impacts mondiaux... Le changement
climatique en Arctique affecte le reste du monde en modifiant les
circulations atmosphérique et océanique, qui influent sur
les conditions météorologiques, et en amplifiant la fonte
des calottes glaciaires et des glaciers qui fait augmenter le niveau
mondial des mers et en modifiant les concentrations de gaz à
effet de serre... Près de 40 % des glaces de mer existantes en
1970 avaient disparu en 2007... Entre 2004 et 2008 seulement,
l’étendue de glace épaisse, celle qui persiste
pendant plusieurs années, a décliné de
42 %... Le réchauffement atmosphérique
amplifié en Arctique se répandra probablement sur les
terre des latitudes élevées, ce qui
accélérera la dégradation du permafrost, et aura
pour conséquence un relargage plus important des gaz à
effet de serre [carbone et méthane] actuellement coincés
dans le sol gelé... Les changements en terme de
température et de salinité et leurs effets sur la
densité provoquent des inquiétudes du fait de leur
capacité à modifier l’intensité de la
circulation océanique mondiale... Le niveau de la mer augmentera
de plus d’un mètre d’ici 2100, encore plus que ce
qui était prévu auparavant, largement à cause de
la perte croissante de masse des calottes glaciaires...”.
A Paris, François
Fillon, ombre du président à la tête de son
gouvernement, vient d’annoncer le montant de la taxe carbone
française - 14 € la tonne, au plus bas de tout ce qui
avait été évoqué jusqu’ici.
Après le malaise présidentiel de fin juillet, deux
hypothèses sont permises : ou bien c’est le signe
d’un début d’autonomie concédée au
chef du gouvernement, ou bien c’est un ballon d’essai
lancé pour permettre de remettre en scène
l’autorité du chef de l’État.
Un ballon d’essai lancé par une ombre.
Jeudi 3 septembre 2009
Août 2009
Longue vie aux algues vertes ?
Le
Premier ministre François Fillon, visitant (aujourd’hui)
la plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor), a
promis que l'État prendrait "toutes ses
responsabilités" : il “va prendre à sa charge
le nettoyage des plages qui sont le plus touchées,
c'est-à-dire de celles sur lesquelles il peut y avoir un risque
de santé publique".
Mais des responsables de la fédération France
Nature Environnement (FNE) ont réclamé la mise en place
d'une "véritable politique de prévention" : "Il est temps
de mettre en place une véritable politique de prévention
et que les problèmes environnementaux et sanitaires liés
aux pollutions aux nitrates ne soient plus niés par une partie
du monde agricole" et "la responsabilité du modèle
agricole intensif est évidente, tant en matière
d'élevage que de cultures, mais aussi celle de l'industrie
agro-alimentaire et de l'agro-business en général"...
Certes (v. billet du 4
août 2009). Et il est bien inquiétant que, face à
une pollution grave, dévastatrice et porteuse de mort, le
premier ministre ne s’engage à apporter l’aide de
l’État que pour le nettoyage des plages les plus
touchées : une annonce qui naguère était du
ressort d’un préfet ou d’un sous-préfet.
Jeudi 20 août 2009
Tueurs anonymes
En lisant Jour de Galop, à partir d’une indication de lemonde.fr.
Un cavalier et sa monture en promenade sur une plage des
Côtes d’Armor ont été pris dans une zone
d’algues mouvantes. L’homme âgé de 27 ans a
très vite perdu connaissance : il a été
sauvé grâce à l’intervention d’un
conducteur de tractopelle chargé du ramassage des algues vertes.
Le cheval est mort très rapidement. Selon l’article,
“le médecin qui a soigné le cavalier et les
associations de protection de l’environnement ont mis en cause le
dégagement d’hydrogène sulfuré, que peuvent
produire des accumulations d’algues vertes en
décomposition” ; des algues vertes dont la
prolifération est liée “au rejet de nitrates dans
l’eau par l’agriculture intensive”.
Difficile en
effet de ne pas mettre en cause l’agriculture et
l’élevage intensifs qui impliquent l’usage massif
d’engrais chimiques et entraînent bien plus de
déjections animales que la terre ne peut supporter. Sans oublier
qu’éleveurs et agriculteurs sont sous la férule de
leurs banques, des industries agro-alimentaires et du grand commerce...
Plus largement, la mort de ce cheval s’inscrit dans un
tragique palmarès : destruction massive d’herbes, des
fleurs et de plantes, d’insectes et de petits animaux, dont
certaines espèces sont menacées ou ont disparu ;
productions largement dépendantes de produits chimiques dont la
dangerosité se révèle à tous les stades
(fabrication, utilisation, consommation, persistances dans les sols,
les eaux...) ; progressive suppression de toutes formes de vie
dans les sols - jusqu’à laisser des terres mortes et
stériles : ce qui risque de rendre nécessaire,
demain, un recours massif à des cultures et des élevages
industriels - la plante ou la bête recevant directement le
nutriment conçu et préparé par l’agrochimie.
Mardi 4 août 2009
Juillet 2009
Électricité intelligente
Lu dans le Monde,
dans l’article de Grégoire Allix : “La
révolution de l'électricité est en marche. Les
réseaux électriques intelligents, ou "smart grids",
s'apprêtent à bouleverser notre manière de
produire, de distribuer et de consommer l'énergie. L'enjeu
écologique est triple : les smart grids sont le
sésame pour réduire la consommation globale
d'électricité, limiter le recours aux centrales les plus
polluantes et intégrer des millions de sources d'énergies
renouvelables (...). Ce marché attire désormais des
entreprises du calibre de Google, Intel, Microsoft, IBM, Oracle,
General Electric, SAP, Siemens, Schneider ou Accenture” et,
depuis peu, Cisco. En France, on fait des comptes de boutiquier :
déjà les compteurs coûtent bien cher...
Dominée par le
nucléaire et, de ce fait, en retard pour les énergies
nouvelles décentralisées, la France sera-t-elle
réputée demain pour avoir le réseau
électrique le plus bête du monde ?
Jeudi 9 juillet 2009
Juin 2009
À
l’aune des votes lors des récentes élections
européennes, le PS a pris une sévère
déculottée. Première secrétaire, Martine
Aubry, a dans la foulée convoqué le conseil national du
parti : elle s’est donné six mois, pour
"changer de cap", évoquant la "refondation de nos idées
et de notre projet", une "nouvelle démarche de rassemblement
à gauche" pour "bâtir une maison commune" et la
"refondation de notre parti".
Mais comment
la croire, alors que, depuis sa désignation, ce n’a
été que batailles d’ego, manœuvres de
courants et jeux d’appareil - jusque dans la procédure de
désignation des candidats sur les listes pour ces
élections européennes ? Comment lui faire confiance
quand elle emploie un vocabulaire démagogique et creux :
que peut bien signifier “refonder” quand il s’agit
d’un parti, d’idées et de projets qui
s’enracinent dans une longue et riche histoire ?
Pour s’imposer face à la droite, pour
l’emporter en 2012, il faut s’affronter aux
problèmes et aux urgences de notre temps, dégager les
réponses avec tous ceux qui sont concernés, ouvrir des
perspectives pour les nouvelles générations et avec
elles, dans ce processus, retrouver un souffle et ranimer
l’espérance.
Ce dont sont incapables des apparatchiks principalement soucieux
de leurs places, de leurs carrières et de satisfaire leurs
médiocres ambitions.
Mercredi 10 juin 2009
Obama au Caire
Intelligence,
habileté et sens de la médiatisation du président
Obama : ce discours était de longue date annoncé
comme devant ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre
les États-Unis et le monde musulman.
En fait, hier au Caire Obama s’est principalement adressé
aux “Musulmans du monde”, leur lançant en
ouverture : “Salam aleïkoum” pour leur apporter
d’emblée l’expression de ‘’la bonne
volonté du peuple américain et une salutation de paix de
la part des communautés musulmanes de mon pays”. Il
s’est clairement démarqué de son
prédécesseur, s’est montré soucieux de
réduire les tensions qui tenaillent la région, a
condamné les “extrémistes violents (qui) ont
exploité ces tensions auprès d'une minorité de
musulmans” et a réitéré l’exigence de
la solution du conflit israélo-palestinien par la mise en place
de deux États.
Au fond, rien de vraiment bouleversant.
D’où vient alors cette ovation, cette large
approbation, ce sentiment qu’il a réalisé
l’impossible ? C’est qu’en s’aventurant
dans ces dossiers difficiles, sur ces sujets explosifs, Obama avait
trouvé un joker : Dieu. Il a plusieurs fois cité le
“Saint Coran”. Et pour parler de la paix, il a
mobilisé non seulement le Saint Coran, mais aussi le Talmud et
la Sainte Bible pour conclure : “Les peuples du monde
peuvent vivre ensemble en paix. Nous savons que c’est la vision
de Dieu. Maintenant, ce doit être notre tache ici sur
Terre”.
Applaudissements.
Difficile de ne pas applaudir.
Sauf que, dans le silence de la réflexion ou dans
l’échauffement d’une discussion, beaucoup ont
dû se rappeler que, depuis des siècles et des
siècles, et très récemment encore, d’autres
citations du Saint Coran, du Talmud et de la Sainte Bible ont
été utilisées pour justifier des guerres ou
encourager à y prendre part ; et que probablement il y a eu
plus de guerres lancées que de paix signées au nom de
Dieu.
Et il faudra plus que ces évocations sacrées pour
redonner sa chance à la paix dans cette région du monde.
Vendredi 5 juin 2009
Mai 2009
Soupçon de terrorisme
Mis
en examen le 15 novembre 2008 dans le cadre d’une enquête
sur les sabotages des caténaires de la SNCF, maintenu mois
après mois en prison dans le cadre d’un dispositif mis en
place pour lutter contre le terrorisme, Julien Coupat est sorti de
prison aujourd’hui ; mais il reste placé sous un
strict contrôle judiciaire. Depuis des mois, protestations
critiques et appels se multipliaient contre sa détention ;
mais c’est très probablement la publication, avant-hier
dans le Monde, d’une interview du (présumé
innocent) terroriste qui a poussé les autorités à
changer de ligne.
Si leur
objectif était de faire connaître Julien Coupat et de
contribuer à la diffusion de ses idées et de ses
analyses, l’opération est pleinement réussie.
S’il était de “terroriser les terroristes”, un
peu comme l’avait fait Bush à Guantanamo, sans se soucier
de leur innocence ou de leur culpabilité - ce qui paraît
totalement impensable dans un pays aussi respectueux des droits, du
Droit, de la Liberté et de la Loi que la France - c’est un
total fiasco.
Ce brusque changement de ligne est difficilement
compréhensible. À moins que notre omnipotent
Président ait été saisi par la culture, la
réflexion, le style, la vivacité et la gouaille du
contestataire : “Voilà la plume qu’il me
faut”, aurait-il pu s’écrier - au grand dam de ses
proches.
Mais laissons parler Julien Coupat. À cette
question : “Comment analysez-vous ce qui vous
arrive?”, il réagit vivement :
“Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes
camarades et à moi, vous arrive aussi bien (...). Ce qu'il y a,
c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient
féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se
sent réellement menacé (...)”. Et encore :
“On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes",
comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui
s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le
ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de
filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis
Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui
pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire
sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout
les rapproche de leur perte (...)”.
Quel souffle ! a-t-Il peut-être soupiré.
C’est quand même mieux que Besson, Hulot, Allègre et
Besancenot réunis !
Jeudi 28 mai 2009
Politiques de santé ?
Sous
la présidence de George W. Bush, le nombre
d’Américains non assurés contre le risque de
maladie est passé de 38 à 46 millions et il continue
d’augmenter avec la montée du chômage. Comme promis
avant son élection, le président Barack Obama vient de
s’attaquer à ce chantier, avec pour objectif
d’instaurer aux États-Unis une couverture maladie
universelle - un projet qu’avaient déjà
cherché à réaliser dans les années 1990,
sans y parvenir, le président Clinton et son épouse.
À Pékin, les autorités ont annoncé
leur décision de renforcer les financements publics en
matière de santé : pour assurer d’ici 2011 une
couverture médicale à 90 % de la population et
mettre en place d’ici 2020 un “système de
santé sûr, pratique et raisonnable”, aussi bien dans
les villes que dans les campagnes.
À Paris, le président Sarkozy affirme vouloir
“sauver” le système français de santé
en appliquant des recettes libérales d’avant la
crise : supprimant centres de soins et emplois,
présidentialisant le management de l’hôpital public
et y instaurant des normes comptables qui, pour faire bref, rendront
plus rentable pour un établissement d’amputer un patient
que de lui administrer les soins de longue durée que
nécessite un diabète grave.
Et dans le monde entier, l’OMS informe sur les risques
d’une nouvelle pandémie d’abord qualifiée de
porcine, puis de mexicaine : le pire paraissant
écarté dans l’immédiat, elle en laisse
planer la menace pour l’automne.
Problème majeur pour les pays les plus pauvres, la
santé est devenue une préoccupation primordiale dans les
pays riches dont la population vieillit. C’est aussi un secteur
d’activités en expansion : il représente plus
de 10 % de la production nationale en Allemagne et en France
et plus de 16 % aux États-Unis. La lutte contre la
maladie est devenue non seulement le cœur, mais
l’essentiel, l’essence même, des politiques de
santé. On dénombre de plus en plus de maladies et de
malades à qui sont administrés des soins de plus en plus
coûteux - et dont les effets, collatéraux ou
ultérieurs, sont de plus en plus inquiétants. Les
déficits sociaux se creusent. Et les “politiques de la
santé” sont devenues un enjeu majeur pour les firmes des
médicaments et des équipements de soins - toujours plus
inventives, agressives et puissantes...
Or, lutter contre la maladie ne peut ni ne doit se réduire aux soins à apporter aux patients.
Il faut bien sûr reprendre, poursuivre, amplifier les
efforts de prévention : en matière
d’alimentation, d’abord, notamment face aux fléaux
de la “malbouffe” ; en matière
d’hygiène de vie, ensuite, par exemple du fait de la
nouvelle addiction aux écrans ; et puis, face aux dangers
de la médicalisation (maladies propagées par les centres
de soins ou troubles suscités par des médications) et
à ses excès : ne vaut-il pas mieux, pour certaines
maladies, laisser le patient prendre le temps d’en
guérir ? Quelques pour cent des budgets de maladie
réorientés vers la prévention - dans la famille,
à l’école, par la télé, les
médias et l’internet... - réduiraient fortement
l’ampleur des atteintes à la santé.
Plus largement, nous devons aussi nous attaquer aux causes
anthropiques, sociales, économiques, culturelles de nos
maladies. L’eau qu’on boit, l’air qu’on
respire, ce qu’on mange, nos habitats, les pollutions,
l’environnement, l’urbanisme, les transports, le travail,
les loisirs, le stress : n’est-ce pas là que
réside l’origine de la plupart des maladies qui foisonnent
aujourd’hui ? Et à un moment où la double crise de
la Terre et de l’économie mondiale nous incite à
rechercher d’autres modes de vie moins gaspilleurs et moins
dévastateurs, ne devons-nous pas veiller à ce
qu’ils soient aussi moins périlleux et moins nuisibles
pour notre santé ?
Avec un mode de vie et d’activité et une
organisation sociale moins anxiogènes et moins
générateurs de mal-être que ceux
d’aujourd’hui, la lutte contre la maladie ne serait plus
une préoccupation quotidienne de tous et de chacun. Pour
bénéficier pleinement des savoirs accumulés et des
avancées récentes, elle pourrait être
modulée selon quelques règles : le
généraliste d’expérience et de bon sens
avant le spécialiste ; les soins ayant fait leurs preuves
avant les produits nouveaux ; les soins ayant le moins
d’effets secondaires avant ceux qui sont porteurs de nouveaux
risques et, sauf urgence, des soins patients et adaptés avant
toute opération...
Mercredi 13 mai 2009
Haut

Avril 2009
Durban II à Genève
Après
la 3e Conférence mondiale des Nations unies contre le racisme
qui s’était tenue à Durban début septembre
2001, ses surenchères et ses affrontements, beaucoup craignaient
le pire. Outre Israël et les États-Unis, quelques grands
pays européens avaient choisi de ne pas venir sur les rives du
Léman. Mais un long travail préparatoire et de patientes
négociations diplomatiques avaient permis
l’élaboration d’un texte qui contribue à
consolider les droits des hommes et des femmes : un texte qui a
été prestement adopté, ce qui est en soi positif
dans un monde aussi disparate et, sur certains points essentiels,
désaccordé, que l’est le nôtre.
Cela ne changera évidemment rien dans
l’immédiat aux pratiques attentatoires aux droits humains
de certains pays - sur des bases religieuses, ethniques ou politiques.
Et la dénonciation, l’isolement et la critique des
extrémismes doit évidemment se poursuivre.
Mais, en tant
qu’homme blanc et Européen, je sois dire que je suis
souvent sidéré, voire choqué, par
l’arrogance tranquille, la bonne conscience de certains donneurs
de leçons occidentaux. Tout de même, nos ancêtres
n’ont-ils pas brûlé des femmes (accusées
d’être des sorcières), des penseurs et des savants,
massacré ou condamné à des morts terribles des
hommes de foi (accusés d’être des
hérétiques), capturé, exhibé comme des
animaux, mis en esclavage ou massacré des hommes, des femmes et
des enfants “de couleur” sur tous les continents,
pillé des œuvres, méprisé,
dévalorisé, dévasté des cultures et des
civilisations ?
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’on doit faire acte de
repentance pour le passé. Presque partout l’histoire a
été cruelle. La nôtre l’a largement
été. C’était il y a quelques siècles,
quelques décennies. Certes.
Mais ne devons-nous pas, aujourd’hui encore, balayer devant
notre porte ? N’y a-t-il pas encore, en Occident, chez des
dirigeants et dans les “élites” - y compris
intellectuelles - des restes du machisme et du racisme sans lequel ces
crimes n’auraient pu être commis ?
Mardi 21 avril 2009
Haut
Fallacieuses autosatisfactions
Mines
réjouies, faces hilares, surenchères verbales : les
dirigeants réunis à Londres se sont
évertués à faire passer ce message : la
réunion du G20 a été un succès.
Or, déjà sur ce qui a été
l’objet essentiel de ce sommet - la crise financière et
bancaire - les résultats sont limités et incertains. Le
triplement des moyens du FMI permettra seulement de renforcer des
concours ponctuels ; les “mises en garde” du Conseil
de stabilité financière risquent d’être sans
effet dès que sera revenue une suffisante confiance ; et au
delà des déclamations, on est très loin de mesures
efficaces - concrètes et applicables dans tous les espaces
numérisés du globe - réglementant agences de
notations, rémunérations des maîtres ès
entourloupes financières, hedges funds, réseaux
financiers parallèles et paradis fiscaux.
Le plus grave est qu’a été totalement
ignoré le cœur de la mutation en cours : les effets
désastreux de nos consommations sur notre planète et les
abyssales inégalités qui déstructurent nos
sociétés et pourrissent les relations entres les grandes
régions du monde. Face à ces enjeux essentiels, il est
clair que la sortie de crise ne doit pas passer principalement par le
crédit et qu’elle ne peut pas se limiter à la
reprise de la consommation marchande : une autre manière de
vivre est nécessaire ; elle est déjà en train
de s’inventer, de s’esquisser ; il faut
l’encourager, la soutenir et la promouvoir dans le monde. Par
exemple, puisqu’on sait que la sauvegarde d’une Terre
vivante nécessite, entre autre, une forte réduction des
émissions de gaz à effet de serre, il faut encourager
massivement les économies d’énergie et le recours
aux énergies vertes : la Commission européenne,
l’équipe d’Obama et les dirigeants chinois disent
vouloir le faire ; mais ce n’était pas à
l’agenda de ce G20.
En fait, depuis l’éclatement de la crise bancaire et
financière, la question essentielle, vitale - celle des ravages
croissants que les activités humaines causent à la Terre
- est passée en arrière plan.
Les dirigeants des grandes économies du monde - 10 % des
pays, 85 % du produit selon les comptes mondiaux - sont
d’accord sur un point : il faut relancer la machine à
produire sans se soucier ni de la Terre, ni des pays et des
régions de pauvreté. Tous y voient un moyen majeur de
conserver le contrôle de leurs sociétés, donc
leur pouvoir.
En outre, chacun y voit la possibilité de jouer sa propre
carte : les deux pays-continents “émergents”,
Chine et Inde, veulent profiter au mieux des difficultés et des
inerties des pays les plus avancés pour leur tailler des
croupières ; l’oligarchie dont Obama est le
mandataire veut profiter de ses atouts technologiques et financiers
pour reprendre l’initiative et creuser de nouveaux
écarts ; les pays pétroliers et gaziers veulent
être en mesure de capter les rentes croissantes que leur assurera
la reprise de la demande de ces énergies ; les pays qui
maîtrisent le nucléaire vont en disséminer les
installations, avec tous les risques qui leur sont liés ;
ceux qui ont des terres, vont y développer la production
d’agrocarburants ou les louer aux plus offrants...
Derrière
les effusions et les embrassades de fin de sommet, s’est
ébauchée une nouvelle carte du monde, avec de nouvelles
rivalités et de nouveaux défis : en fait, sur une
Terre en détresse, un mélange de”sauve qui
peut” et de “chacun pour soi”.
Pas de quoi pavoiser : une nouvelle fois a été
manquée l’occasion d’offrir aux pays et aux
peuples du monde un projet pour une humanité plus humaine sur
une Terre vivante en bonne santé.
Samedi 4 avril 2009
Mars 2009
Quelles réponses, à quelle crise ?
Quels
contrastes ! Entre les manifestations du 19 mars et
l’entêtement, à la fois autiste, dogmatique et
politique, du président français. Plus largement, entre
les ravages sociaux de la crise, les difficultés, les angoisses,
les peurs qu’elle génère dans tous les pays, et la
primauté accordée par les grands gouvernements
occidentaux aux sauvetages des banques et à la relance par le
crédit. Mais contraste aussi, entre la profondeur des
aspirations et des espérances de tous les segments des
sociétés, particulièrement dans la jeunesse, et
les réponses myopes ou rituelles apportées par les
organisations censées être porteuses d’un projet
social progressiste.
Prenons
garde : laisser ces contrastes dégénérer en
divorce et les inquiétudes en désespérance,
c’est faire le lit des populismes, des fascismes et de tous les
extrémismes.
Obnubilés
par le court terme, manquant d’une vision historique,
l’ensemble de nos dirigeants n’ont pas pris la mesure de la
crise. Qu’il soit permis à un économiste qui
travaille depuis une quarantaine d’années sur le
capitalisme et son histoire* d’en indiquer quelques dimensions et de suggérer quelques pistes d’action.
Dans les derniers siècles, à partir
d’économies de marché avancées, le
capitalisme s’est constitué, affirmé,
étendu, plusieurs fois transformé et
mondialisé ; à travers innovations,
spéculations, croissances et crises, il a bouleversé nos
sociétés et nos modes de vie et changé la face du
monde,
La crise en cours est d’une particulière
gravité en partie du fait de la mondialisation mais pour
l’essentiel parce que se sont imposées depuis les
années 1980 les “idées folles” d’une
réforme néolibérale qui a détruit des
compromis, des régulations, des normes et des modes de
protection sociale mis en place pays par pays depuis des siècles
ou des décennies. Pour les tenants du
néolibéralisme, cette crise constitue un certain
échec, dans la mesure où elle a rendu nécessaire
l’intervention de l’État pour parer à des
désastres engendrés par d’irresponsables pratiques
financières ; mais elle peut aussi être un instrument
dans le prolongement des “stratégies du choc”**
mises en œuvre à partir des années
1980 : des stratégies visant à démanteler les
législations et protections sociales, les services publics, les
normes et les contrôles, pour offrir aux plus grandes firmes la
plus large “liberté” d’action et aux plus
riches une illimitée “liberté” de
s’enrichir.
Or cette vague néolibérale a contribué
à accentuer et accélérer la montée de deux
phénomènes très inquiétants pour le devenir
de nos sociétés et du monde :
- le creusement des inégalités ;
- l’épuisement de la Terre.
Dans une période où les rapports d’argent et
la consommation marchande tendent partout à se
généraliser, les inégalités se sont accrues
dans tous les pays - riches, “émergents” et
pauvres ; à l’échelle du monde, elles ont
continué à se creuser entre pays et elles tendent vers
l’infini entre les milliardaires en dollars et les plus
démunis des pays pauvres.
Et alors que, depuis les années 1980, les
prélèvements et les rejets de nos sociétés
excèdent de plus en plus ce que la Terre peut endurer pour se
régénérer, le mauvais exemple états-unisien
des années Bush a favorisé un surcroît de
ravages : croissance des émissions de gaz à effet de
serre qui auraient dû être réduits,
développement de cultures et de plantations assistées par
des épandages massifs d’herbicides, retard dans la mise en
œuvre d’énergies, de techniques et de
matériaux verts, etc.
La réponse néolibérale à ces crises
est claire : assurer à quelques millions de riches et
d’ultra-riches le “libre”-accès à des
zones sauvegardées et sécurisées ainsi que la
pleine jouissance de nouvelles technologies coûteuses, conditions
de sécurité et de bien-vivre sur une planète
fortement dégradée,où menace un peu partout la
colère des multitudes de nouveaux nécessiteux.
Face à
cela, les grandes lignes d’une réponse à la crise
inspirée par les idéaux humanistes, sociaux et
progressistes coulent de source :
- D’abord, tout faire pour réduire les
inégalités, dans chaque pays et dans le monde : en
renforçant et réinventant des processus de
solidarité, en mettant hors marché l’accès
aux biens vitaux et en menant partout des politiques simples et tenaces
contre les excès de pauvreté et de richesse.
- Ensuite, mettre fin au processus d’épuisement de
notre planète et de destruction du vivant : en
décidant et en encourageant partout massivement les
économies d’énergie et de matières ainsi que
le recours aux énergies, aux ressources, aux techniques et aux
modes de vie “verts”.
- Enfin, engager dans les sociétés d’opulence
un régime de désintoxication de notre addiction au
“consommer toujours plus” et combattre résolument
les consommations ostentatoires - tant privées que publiques -,
comme le “tourisme de l’espace”, les surarmements et
tous les inutiles gâchis de ressources essentielles (eau, terre,
air, etc.).
Vendredi 20 mars 2009
* Histoire du capitalisme. 1500-1980, Paris, Seuil,1981 - 5ème éd. , Histoire du capitalisme. De 1500 à 2000, Points-Economie, Seuil, 2000. Le Système national/mondial hiérarchisé (une nouvelle lecture du capitalisme mondial), La Découverte, 1987. L'État de l'environnement dans le monde, dir.. avec al., La Découverte, 1993. Le Basculement du monde. De la Terre, des hommes et du capitalisme,
La Découverte, 1997 - nouvelle éd. Poche, 2000. Et, pour
des textes plus récents, <http://www.michelbeaud.com>.
** Naomi Klein, La Stratégie du choc, La montée d’un capitalisme du désastre, Leméac/ Actes Sud, 2008.
Pourquoi faut-il qu’il m’en souvienne ?
Ce matin au réveil, des images très claires de mon enfance à Cognin, en Savoie.
De plain pied, au sortir de la cuisine, surplombée et
assombrie par une haute haie de troènes, une dalle de
béton agrémentée de tristes fougères.
À gauche une haute marche descend sur un petit palier : si
on laisse, à droite quelques marches de béton qui montent
vers la “maison du haut” et le portail, et en face
l’entrée buissonnière vers la “table
d’ardoise”, son pommier aux petites pommes grises et plus
loin le magnolia, on descend à gauche l’escalier qui
flanque la “maison du bas”, la vieille maison.
C'est un escalier paresseux qui invite au jardin : un large
escalier de terre, dont chaque marche est tenue par un bois rond, lui
même fixé par de petits piquets. Après une
première marche presque horizontale sur près d’un
mètre, deux longues marches en légère pente,
ravinées et pierreuses, descendent sous la fenêtre de la
cuisine, vers la porte de la cave et, au delà du pilier de la
véranda, vers le jeu de boule.
Je n’ai jamais connu la véranda que branlante et
pourrissante. Elle avait été construite par mon
grand-père Denat pour que sa femme, poitrinaire, puisse
s’y reposer à l’abri du soleil et y prendre
l’air sans aller au jardin, puisqu’on y avait accès
de la salle à manger par une porte-fenêtre. Elle avait
encore de belles teintes cuivre et ocre, adoucies par le temps, qui se
mêlaient à celles du bois qui réapparaissaient au
fur et à mesure que se dégradait une peinture jamais
refaite. Chaque année la véranda s’affaiblissait.
Et il fallait l’insistance d’un parent en visite
attaché à d’anciens souvenirs pour que les adultes
y prennent l’apéritif ou le café ; ou
l’audace d’un aîné, pour que, en
l’absence des parents, nous y goûtions un jour de pluie.
À gauche en descendant l’escalier, avant le
premier pilier de la véranda, un palier de terre donnait
accès aux caves. D’abord à la grande cave,
située sous la salle à manger : avec, à
gauche en entrant, un fouillis de vêtements, bottes et chaussures
de jardin ; à droite, au long du mur sous la
porte-fenêtre de la véranda, des rayonnages,
aménagés pour les fruits, fermés par de larges
vantaux grillagés s’ouvrant vers le bas ; et, au fond
à droite, dans un large recoin formé par le mur de
l’escalier intérieur qui remontait à
l’arrière de la cuisine, un fatras d’objet et
d’ustensiles inutilisés qu’il paraissait normal de
conserver. C’est là qu’ensuite nous rangeâmes
nos bicyclettes.
Enfin, sur la gauche (en entrant dans la grande cave),
après le fouillis de vêtements, deux marches descendaient
vers la double porte de la petite cave - peut-être l’ancien
caveau d’une ancienne vigne. Y flottait encore l’odeur, ou
le souvenir, du vin. Je ne saurais dire jusqu’à quand on y
a tiré du vin des tonneaux, ni jusqu’à quand on y a
conservé des bouteilles, en cas... Il y avait aussi un
vinaigrier et un garde-manger aux fins grillages - car
c’était le temps où nous n’avions pas de
réfrigérateur. Mais surtout, dans un recoin à
droite en bas des marches, il y avait, probablement creusées
dans la roche, la réserve d’eau de la maison. Une eau
alimentée par une source dont bénéficiaient
d’autres maisons voisines ; une eau probablement venue de la
montagne de l’Épine et que nous tirions sur
l’évier de la cuisine grâce à une vieille
pompe à bras, qui désamorçait volontiers
“quand ce n’était vraiment pas le moment”. Une
eau toujours fraîche et que j’ai bue pendant tous les
étés de mon enfance et pendant quelques années
après le bombardement de Chambéry.
Que j’ai bue
sans savoir que ce pur plaisir - boire une eau fraîche et saine
venue de la montagne - serait un jour pour moi, comme pour des
milliards d'autres, à tout jamais perdu.
Lundi 9 mars 2009
Haut

Fevrier 2009
Pauvres de nous...
La quasi-totalité des comptes rendus du premier grand discours
prononcé avant-hier par le président Barack Obama devant
le Congrès sont d’une affligeante indigence ; le plus
sérieux est celui du Devoir,
mais il faut aller au texte diffusé par la Maison Blanche - en
anglais et en espagnol - pour en saisir la cohérence et
l’importance.
Il parle clair : “Sans doute notre économie
est-elle affaiblie et notre confiance ébranlée (... mais)
ce soir je veux que chaque Américain sache ceci : nous
allons reconstruire, nous allons nous rétablir, et les
États-Unis d'Amérique en sortiront plus forts
qu'avant”.
Il appuie là où ça fait mal :
“Nous savons depuis des décennies que notre survie
implique que nous trouvions de nouvelles sources
d’énergie ; pourtant, nous importons plus de
pétrole que jamais (...). Nos enfants vont être en
compétition pour des emplois dans une économie globale
à laquelle trop de nos écoles ne les préparent pas
(...). Nous avons vécu une ère où trop souvent les
gains à court terme primaient sur la prospérité de
long terme”.
Il invite à l’action :”Il est grand
temps de prendre en charge notre futur. Il est temps d’agir
hardiment et sagement - pas seulement pour ranimer
l’économie, mais pour construire les nouvelles fondations
d’une prospérité durable”.
Et il développe cinq lignes d’actions, deux
imposées par la conjoncture : rendre vigueur à
l’économie et restaurer la stabilité
financière - et trois décisives pour le futur :
l’énergie, la santé, l’éducation. Ce
passage sur l’énergie illustre sa vision : “Le
pays qui maîtrise la puissance d’énergies propres et
renouvelables montrera le chemin pour le XXIe siècle. Or
c’est la Chine qui a lancé le plus important programme de
l’histoire pour rendre son économie
énergétiquement efficiente. Nous avons inventé la
technologie solaire, mais sommes en retard pour la produire par rapport
à des pays comme l’Allemagne et le Japon”. Et pour
fabriquer des moteurs hybrides, il nous faut des “batteries made in Korea“...
Au total,
dans ce discours s’expriment une pensée, une vision et un
projet qui se saisissent des problèmes des États-Unis et
des enjeux de la crise pour formuler une politique : alors que le
président-gouvernement français s’échine
à faire face, au coup par coup, aux difficultés
qu’il rencontre et aux problèmes qu’il a
suscités et que les dirigeants européens tirent à
hue et à dia, passant plus de temps à discutaller,
à se disputailler et à se rabibocher qu'à
définir une ligne d’action dans le maëlstrom actuel.
Entre une Amérique qui se ressaisit et une Chine qui va
tailler sa route, pauvres de nous, irrésolus français et
européens.
Jeudi 26 février 2009
Quand
souffle l'esprit
Depuis
un mois, manifestations, protestations et grève
générale ont suspendu
l’activité courante en
Guadeloupe. À Paris, le président se tait. Le
gouvernement a dépéché un
secrétaire
d’État qui s’est empressé de
revenir à
Paris - probablement pour que l’Autorité
suprême se
prononce. Mais c’est un groupe d’intellectuels,
poêtes, philosophes qui prend la parole, à travers
le
“Manifeste pour les « produits » de haute
nécessité”. Ernest Breleur, Patrick
Chamoiseau,
Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume
Pigeard
De Gurbert, Olivier Potecop, Olivier Pulvar et Jean-Claude William
écrivent :
“C'est en solidarité pleine et sans
réserve
aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est
installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend
à
se répandre à la Guyane et à la
Réunion
(...). Cette grève est donc plus que légitime, et
plus
que bienfaisante (...).
“La « hausse des prix » ou
« la vie
chère » (...) sont les
résultantes d'une
dentition de système où règne le dogme
du
libéralisme économique (...). Il est donc urgent
d'escorter les « produits de premières
nécessités », d'une autre
catégorie de
denrées ou de facteurs qui relèveraient
résolument
d'une « haute nécessité »
(...).
“La question de la responsabilité est
donc de haute
nécessité. C'est dans
l'irresponsabilité
collective que se nichent les blocages persistants dans les
négociations actuelles. Et c'est dans la
responsabilité
que se trouve l'invention, la souplesse, la
créativité,
la nécessité de trouver des solutions
endogènes
praticables (...).
“Il y a donc (aussi) une haute
nécessité
à nous vivre caribéens dans nos imports-exports
vitaux,
à nous penser américain pour la satisfaction de
nos
nécessités, de notre autosuffisance
énergétique et alimentaire.
“L'autre très haute
nécessité est
ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme
contemporain (...). Nous sommes tous victimes d'un système
flou,
globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble (...).
“On peut mettre la grande distribution à
genoux en
mangeant sain et autrement. On peut renvoyer la Sara et les compagnies
pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le
tout
automobile. On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix
exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre
comme une denrée précieuse (...).
“Enfin, sur la question des salaires et de
l'emploi.
Là aussi il nous faut déterminer la haute
nécessité. Le capitalisme contemporain
réduit la
part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses
profits (...).
“Quant à l'idée du
« plein emploi
», elle nous a été clouée
dans l'imaginaire
par les nécessités du développement
industriel
(...).
“Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous
faut
donc réinstaller le travail au sein du poétique.
Même acharné, même pénible,
qu'il redevienne
un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de
soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres (...).
“Voici ce premier panier que nous apportons
à toutes
les tables de négociations et à leurs
prolongements : que
le principe de gratuité soit posé pour tout ce
qui permet
un dégagement des chaînes, une amplification de
l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une
mise
en créativité de tous, un
déboulé sans
manman de l'esprit (...).
“Projetons nos imaginaires dans ces hautes
nécessités jusqu'à ce que la force du
Lyannaj ou
bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de
ménagère », mais le souci
démultiplié
d'une plénitude de l'idée de l'humain (...).
“Alors voici notre vision :
“Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde,
soudain
immenses d'être les premiers exemples de
sociétés
post-capitalistes, capables de mettre en oeuvre un
épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale
plénitude du vivant...”.
Puisse ce
texte être
largement diffusé, discuté,
médité,
approfondi, travaillé. Un texte rare, offreur de sens dans
la
crise que nous vivons.
Lundi
16 février 2009
Haut

Janvier 2009
"La Torah nous
interdit...”
Sur
le site du Nouvel Obs
: «Dans un communiqué publié mardi 27
janvier,
l'armée israélienne désavoue
officiellement une
brochure ultra-nationaliste rédigée par le
rabbinat et
punit l'officier responsable de sa diffusion aux soldats religieux
durant l'offensive militaire israélienne "Plomb durci"
à
Gaza. "Une analyse de cette brochure montre qu'elle contient des
dérives par rapport à la politique
générale
établie par le général Avihaï
Rontski, rabbin
en chef de l'armée"».
Une organisation de défense des droits de
l’Homme
en Israël avait révélé la
diffusion de ce
texte, dont une dépêche d’avant-hier de
l’AFP
donne ces extraits et commentaires : «Avoir pitié
envers
un ennemi cruel revient à se montrer cruel envers nos justes
soldats (...) Nous sommes en guerre contre des assassins. A la guerre
comme à la guerre" (...). Le texte cite longuement des
déclarations d’une figure du nationalisme
religieux et de
la colonisation en Cisjordanie occupée, le rabbin Shlomo
Aviner,
opposé à tout compromis avec les Palestiniens.
"La Torah
nous interdit de remettre un seul millimètre (de la Terre
d’Israël) à des non-juifs, que ce soit
par des
enclaves, des zones autonomes ou d’autres concessions
manifestant
notre faiblesse nationale" (...). La brochure juge tout à
fait
légitime de "faire un parallèle entre les
Palestiniens
d’aujourd’hui et les Philistins de la Bible" contre
lesquels le roi David avait combattu, affirmant dans les deux cas
qu’Israël fait face à des "envahisseurs
étrangers" qui n’ont aucun droit à la
Terre
promise».
Vendredi dernier dans le Monde,
des habitants d’un faubourg oriental de Gaza racontaient
l'acharnement de soldats israéliens sur des
civils :
“ils ont fait sortir tout le monde et nous ont
rassemblés
dans un bâtiment. Nous étions près de
120
personnes. Nous sommes restés toute la nuit. Il y avait des
explosions, des coups de feu. C'était la panique totale. Les
enfants pleuraient. Il faisait froid. Nous avons ouvert la porte pour
aller chercher du bois. Mon père était dans la
rue, mort.
Les soldats nous ont ordonné de rentrer. Puis il y a eu un
bombardement et ensuite un deuxième et après les
obus
sont tombés sur le toit. Vingt-deux personnes sont
mortes”
raconte Moussa Samouni, 19 ans. Et Fahed :
“Lorsqu'ils sont
entrés, les soldats nous ont demandé de lever les
mains
et de sortir. Ils étaient huit ou dix. C'est alors qu'ils
ont
tiré. Mon père a été
tué sur le
coup. Il avait trente balles dans le corps ! Il a
été
tué sous mes yeux. Tout le monde s'est mis a crier et
à
pleurer. Ils ont tiré à nouveau. Plusieurs autres
membres
de la famille ont été blessés, surtout
des enfants
dont mon frère Ahmed, âgé de 4 ans. Il
a
reçu deux balles dans la poitrine et des éclats
dans la
tête. Puis ils ont incendié une pièce.
On ne voyait
plus rien, On étouffait. Au bout de dix minutes, nous avons
été autorisés à sortir et
à nous
diriger vers la route principale. J'avais mon frère dans mes
bras. Les Israéliens nous ont craché dessus. Les
ambulances ne pouvaient pas approcher”.
De cet
acharnement, il y a
eu bien d’autres témoignages et nul ne saura
jamais dans
quelle mesure y ont contribué les lignes haineuses de la
brochure, les consignes de la hiérarchie militaire et les
pulsions de ces jeunes Israéliens en uniforme.
Injustifiable,
inexcusable. Et ce silence fétide de belles âmes
si
souvent promptes à s’indigner...
Mercredi
28 janvier 2009
•••
Gaza :
la politique de l’hyperchoc
Gaza,
janvier 2009 : L’intervention terrestre
annoncée
(voir billet du 31 XII 08) a commencé le samedi 3 janvier.
Dimanche 4, des obus ou des bombes sont tombées aux abords
du
marché central, les habitants se terrent,
terrorisés.
Lundi 5 : de violents combats ont eu lieu dans la ville de
Gaza,
des bombardements ont fait une cinquantaine de morts - ce qui porte
à plus de 550 le nombre de victimes
palestiniennes ; face
aux pénuries d'électricité,
d'eau et de
nourriture les appels au cessez-le-feu se multiplient -
rejetés
par Israël. Mardi 6 : les combats se poursuivent, la
situation humanitaire empire - ce que contestent des officiels
israéliens. Avant-hier, mercredi 7 :
trois
écoles gérées par l'agence de l'Onu
d'aide aux
réfugiés ont été
bombardées ;
des dizaines de civils s'y étaient
réfugiés -
mais, selon un officier israélien, la présence de
membres
du Hamas y avait été signalée. Hier
jeudi 8, Le
Caire et Paris ont proposé, pour ouvrir la voie à
la
recherche d’une issue, une conférence sur la
sécurisation de la frontière entre
l’Égypte
et Gaza ; Israël pourrait y participer avec la
proposition de
la construction d’un “mur”, avec de
profondes
fondations (pour empêcher les tunnels) tout au long de cette
frontière. Mais au nord du pays, des roquettes ont
été lancées du Liban en
Israël, faisant
plusieurs blessés. Aujourd’hui, malgré
l’appel au cessez-le-feu du Conseil de
sécurité de
l’Onu, des tirs de roquette ont encore eu lieu sur
Israël,
tandis que bombes et obus tombaient sur Gaza où des
véhicules du CICR ont été la cible de
tirs
israéliens ; le bilan des Palestiniens
tués approche
800 - dont un tiers d’enfants et une trentaine de
médecins.
Outre la guerre du Liban de
l'été 2006, cela me rappelle deux autres moments
forts.
Rafah, avril 2004 : une opération de
forces
combinées est engagée dans le sud de la bande de
Gaza,
pour notamment détruire les tunnels d’acheminement
d’armes ; elle se heurte aux protestations des
habitants
contre les destructions de maisons, fait quarante à
cinquante
morts et suscite un blâme du Conseil de
sécurité de
l’Onu qui “condamne le massacre de civils
palestiniens,
invite Israël à respecter les obligations que lui
impose le
droit humanitaire international, en particulier l’obligation
de
ne pas se livrer aux destructions d’habitations”.
Jénine, avril 2002 :
l’explosion
d’une maison qu’ils fouillaient tue treize soldats
israéliens ; bombardements de la ville et du camp,
attaques
par hélicoptères, destruction de maisons par
bulldozers
font, selon les sources, des dizaines ou des centaines de
morts ; le représentant de
l’Onu, revenu dans
le camp placé sous sa responsabilité
déclare : “C’est comme si un
tremblement de
terre avait touché le camp. C’est absolument
inacceptable,
d’une horreur qui dépasse l’entendement
(...). Rien
ne peut justifier ce qui a été fait ici. La lutte
contre
le terrorisme ne donne pas un chèque en blanc contre les
populations”.
Tentant
depuis des lustres de comprendre pourquoi ce conflit paraît
marqué au sceau d’une funeste fatalité,
j’arrive à ce double constat. D’abord,
ces deux
peuples aspirent majoritairement à cohabiter en
paix ; mais
chacun porte en lui une minorité qui rejette tout
accord :
Juifs qui veulent le Grand Israël puisque c’est la
volonté de Dieu, et Arabes qui refusent à
l’État hébreu le droit
d’être sur cette
terre. Ensuite, depuis l’accession de Sharon au pouvoir,
aucun
pas n’a été fait vers la paix - une
paix que
rendent systématiquement impossible l’usage brutal
de la
force armée et la dévalorisation ou la
destruction de
toute force ou de toute personnalité susceptible de
négocier au nom du peuple palestinien.
Aujourd’hui, le
gouvernement d’un Olmert politiquement cuit poursuit la sale
besogne de Sharon : il profite du vide institutionnel
lié
au changement de président aux États-Unis pour
provoquer
une dose de ravages suffisante pour faire avorter tout effort de paix
dans les prochains semestres.
Vendredi
9 janvier 2009
•••
Obama
et les oligarques
Comme
presque tout le monde, j’ai été
fasciné par
Obama :sa prestance, son élégance, son
charme, son
éloquence pour délivrer un discours qui semble
venir
autant du cœur - et même de l’ensemble de
sa
sensibilité - que de son intelligence, autant de son
passé lointain que de l’instant
présent, autant de
sa capacité de calcul que de son intuition et de sa
générosité. J’ai
admiré son courage -
car il sait qu’en tout moment, il est pour beaucoup une cible
honnie -, sa tendresse pour sa famille, son art de communiquer avec ses
auditoires, de séduire, d’expliquer -
même sur des
sujets difficiles -, de convaincre et de susciter chez celles et ceux
à qui il s’adresse le sentiment d’un
échange
entre elles et eux, et lui. J’ai
écouté, lu,
apprécié sa vision, ses analyses et ses
propositions.
Comme d’autres sans doute, je me suis parfois
demandé comment il était monté si haut
si
rapidement. Et depuis quelques temps, je suis comme beaucoup surpris
par la composition, qu’il révèle jours
après
jours, de son équipe.
De nombreux sites internet évoquent des connexions
avec la
Commission Trilatérale et le Groupe de Bilderberg. Le Groupe
de
Bilderberg est ancien ; avec le Council on Foreign Relations,
il est un des lieux d’influence majeurs du système
de
pouvoir des États-Unis : simplement par le poids,
la
puissance et les réseaux de ses membres. Dans les
années
1970, compte tenu de la nécessité - face
à
l’empire soviétique et au turbulent tiers monde
-
d’une meilleure coordination au sein de la Triade
capitaliste, un
élargissement du Groupe à des membres
européens et
japonais fut envisagé. Mais fut finalement
décidé,
comme l’avait proposé Zbigniew Brzezinski, la
création d’un nouveau lieu de concertation,
d’élaboration et d’influence :
ce fut la
Commission Trilatérale, qui réunit, elle aussi,
d’éminentes personnalités - de la
finance, et plus
largement des affaires, de la politique, de
l’université,
de la recherche, mais aussi du syndicalisme.
Si les réunions de la Trilatérale sont
soumises
à des règles de discrétion qui
confinent au
secret, elle publie et diffuse, depuis 1973, des rapports.
J’ai
donc consulté, sur son site, la liste des derniers rapports
discutés et publiés ; en voici les
titres : Engaging
Iran and Building Peace in the Persian Gulf Region (2008),
Energy
Security and Climate Change (2007), Engaging with Russia: The Next
Phase (2006), Nuclear
Proliferation: Risk and Responsibility
(2006). On retrouve ces thèmes dans les discours de campagne
d’Obama : le premier quand il s’est dit,
dans une
perspective de paix, prêt à reprendre le dialogue
avec
l’Iran ; le deuxième thème a
été
très fortement présent tout au long de ses
campagnes ; il l’est encore dans son programme de
lutte
anti-crise, comme dans la composition de son équipe de
gouvernement. Le moins que l’on peut dire est qu’il
y a une
forte convergence de points de vue sur ces thèmes entre le
président élu et la fraction de
l’oligarchie
occidentale qui anime la Trilatérale. Manifestement celle-ci
souhaitait une rupture claire avec la politique de Bush ; pour
ce
faire, un démocrate était
préférable
à un républicain, et Obama à Clinton.
En outre, parmi ceux qu’Obama est en train de
choisir pour
mener sa politique, les plus influents sont membres
d’instances
non officielles de l’oligarchie ; pour ne parler que
des
trois lieux de pouvoir évoqués plus haut,
appartiennent :
- à la fois au Groupe de Bilderberg, au Council on Foreign Relations
et à la Commission Trilatérale : Hillary
Clinton,
Secrétaire d’État ; Timothy
Geithner,
Secrétaire au Trésor ; Paul Volcker, Economic Recovery Advisory Board ;
Lawrence Summers, Conseil économique national ;
- “seulement” au Groupe de Bilderberg et au Council on Foreign Relations
: Joseph Biden, Vice Président élu ;
Robert Gates,
Secrétaire à la défense ;
Bill Richardson*,
Secrétaire au commerce ; Tom Daschle,
Secrétaire
à la santé ;
- “seulement” au Groupe de Bilderberg et
à la
Commission Trilatérale : le
général James L.
Jones, National
Security Advisor ;
- “simplement” au Council on Foreign Relations
: Susan Rice, ambassadrice à l’Onu ;
Janet Napolitano, Homeland
Security.
Je ne sais
dans quelle mesure
ni par quelles voies l’oligarchie qui domine les
États-Unis a contribué à la
carrière
d’Obama. Mais, à la veille du début de
son premier
mandat, apparaît combien elle le soutient et
l’encadre : encore ne s’agit-il que
d’une
facette visible d’un imposant iceberg.
Dimanche
4 janvier 2009
* Bill
Richardson, à cause d’une suspicion susceptible de
retarder sa nomination, a renoncé à accepter ce
poste.
•••
Haut

|
|
|